Au secours !

Ces banques qui vous plument

 

Petit usager de la banque, si vous vous trouvez en alerte orange, avant de tomber dans le rouge, d’être grillé, prenez garde car vous serez happé dans un gouffre, attiré vers ces abîmes où un gros croquemitaine aux dents crochues vous attend pour dévorer vos restes.

Considérant qu’elle s’érige en sauveuse, elle vous noie dans des intérêts tels que vous êtes destiné à sombrer. Encore faut-il être mis au courant de leur montant car rien de plus mystérieux que le langage du banquier.

 

Courage, fuyons

Sylvie s’est vue embarquée dans une véritable saga, victime de sa confiance. Son compte bancaire a subi d’étranges fluctuations et quelques interventions secrètes. Selon le cours de la Bourse ou des bourses des grands financiers de ce monde ? En tous cas, c’est vous qui déboursez !

Elle décide d’acquérir la maison de son gré qui nécessitait des travaux de rénovation. Sa banque, le Crédit agricole, lui propose de contracter un prêt relai avec un placement de 40 000 euros sur un compte X car les jours de vache maigre, ça peut servir ! Alléchée, elle acquiesce.

 

Parcours de la combattante

Elle remplit un dossier avec tous les justificatifs, envoyé au dieu suprême : la Direction où, Zeus règne au sommet de l’Olympe, le grand décideur. Maître à bord, il est entouré de serviteurs, tous à son sein voués : les agences. Il veille sur ses ouailles avec un œil rapace, vérifiant que les usagers soient pourvus et peu importe s’ils sont pris au dépourvu, dans l’ignorance des frais qui leur sont prélevés automatiquement (code « truc », assurance carte…). Sylvie, réjouie par la réponse positive de sa requête, achète la maison de ses rêves. Hélas, le temps ne suspend pas son vol, ni les intérêts et le délai du prêt expire. Elle tente de joindre son conseiller financier mais pas de chance, il est en congé et la direction reste muette. Inquiète, pressentant quelque anguille sous roche, Sylvie exige le virement immédiat des 40 000 euros sur son compte courant.

« Impossible, c’est un compte X », lui répond le directeur d’agence. Désarçonnée, elle attend le retour de son conseiller, toujours à son écoute. « Vous pourrez disposer de la somme » déclare-t-il. Détendue, elle règle quelques factures pour les travaux engagés. Trois jours s’écoulent : coup de téléphone surprise du directeur. « Stop, ne faites plus aucun chèque, votre compte est à moins 34 000 euros ». Vous ne pouvez pas récupérer cette somme, elle est sous caution de votre prêt. » Lorsqu’elle désire reprendre contact avec son conseiller, stupéfaction ! Il est soit disant hors service pour maladie. Ce dernier n’avait plus sa place parmi les requins. Après 30 années de service, il est prié de rejoindre ses pénates sans tambours ni trompettes. Un nouveau louveteau a pris la relève, frais émoulu, nommé par le Chef pour opérer avec efficacité, dents et griffes tout acérées. Très chic, il reçoit sa cliente avec mansuétude, la dévisageant tout en évaluant déjà les agios qu’il pourrait en retirer : cliente intéressante, à découvert et sur un compte X, bientôt mise à nue. Opération très rapide car les agios sont tombés comme du plomb. Elle contacte une autre banque, plus proche du peuple pour mieux le servir !

 

De charybde en Scylla

Accueillie par une jeune femme charmante, elle expose son cas. Tout se passe au mieux et une bonne surprise l’attendait : le Zeus du Crédit agricole lui envoie ses excuses plates et le remboursement des agios. Son compte a récupéré les 40 000 euros et la nouvelle banque donne le feu vert pour son prêt. De courte durée, car Sylvie traînait un boulet : une longue histoire de procédures diverses qui ont perduré jusqu’aux calandes grecques. Bilan des intérêts : 35 365 euros! Une paille. Sylvie affirme : « Je devais avoir des remises justifiées par un décret du ministère, je n’en ai pas vu la couleur ! » dit-elle « On vous l’a fait » déclare le nouveau conseiller financier, l’exécutant, tiraillé entre Hermès, le directeur délégué de Zeus et son client.

Après de multiples tribulations, Sylvie doit contracter un nouveau prêt. Contrainte, elle accepte les conditions, la somme devait englober toutes les créances selon un acte notarié. Mais les petits requins, qui veillaient au grain, ont dû sentir la vulnérabilité de leur cliente. « Madame, il n’y a pas assez d’argent pour rembourser cette créance… »

Un conseil, à vous petit usager de la banque, ne jamais lui donner un os à ronger, elle vous en extraira la substantifique moelle. Vous avez le choix : soit être ballotté sur les flots à la dérive, seul sur votre radeau, le dieu Poséidon vous attend pour vous voir couler, soit affronter Hades devant la porte des enfers avec sa fourche pour vous cuire corps et âme .Mais, en attendant de pénétrer dans les ténèbres, offrez-vous de bons petits déjeuners, bien arrosés, au frais de votre banquier. Allez-vous faire griller sous les cocotiers sans penser aux agios que Zeus va fatalement vous facturer.

Il ne les emportera pas au paradis.

Elisabeth CADILHON GILLON